Une ingénieure ajuste un prototype électronique sur un banc de test pendant qu'une consultante observe avec un protocole de test en main.
Publié le 24 octobre 2026

Évaluer la faisabilité technique d’une innovation consiste à déterminer si une solution peut réellement fonctionner avec les technologies, les compétences, les délais et les ressources disponibles. L’objectif n’est pas de démontrer immédiatement que le produit final sera parfait, mais de vérifier les hypothèses susceptibles de faire échouer le projet avant d’engager des dépenses importantes.

Cette démarche commence par l’identification du risque technique principal, se poursuit par des tests proportionnés à l’incertitude et aboutit à une décision documentée : poursuivre, adapter la solution ou arrêter. Une démonstration convaincante en laboratoire ne suffit pas toujours. La fiabilité, l’intégration aux systèmes existants, les conditions d’utilisation, les contraintes réglementaires et le coût de fabrication peuvent modifier radicalement le résultat.

Pour une équipe projet, la bonne approche consiste donc à rechercher des preuves progressives plutôt qu’à financer immédiatement un développement complet. Chaque étape doit répondre à une question précise et fournir des éléments vérifiables pour décider de la suivante.

L’essentiel pour évaluer une innovation

  • Identifiez l’hypothèse technique dont l’échec compromettrait le plus le projet et testez-la en priorité.
  • Définissez les indicateurs, les seuils de réussite et les conditions d’arrêt avant de réaliser les essais.
  • Augmentez progressivement le niveau de preuve, du test ciblé au pilote en conditions réelles, avant tout investissement difficilement réversible.

Pourquoi une bonne idée peut-elle échouer pour des raisons purement techniques ?

Une bonne idée peut échouer techniquement lorsque les technologies nécessaires ne sont pas assez matures, lorsque les composants existants ne répondent pas aux contraintes du projet ou lorsque l’équipe ne possède pas les compétences nécessaires pour les assembler. Avant d’investir, il faut donc distinguer ce qui est techniquement impossible à ce stade, ce qui reste réalisable sous certaines conditions et ce qui nécessite simplement davantage de moyens ou de temps.

Le premier risque concerne la maturité technologique. Un principe prometteur peut fonctionner en laboratoire sans être suffisamment fiable pour un usage régulier. Le deuxième apparaît lorsqu’une technologie disponible ne satisfait pas les exigences de coût unitaire, de latence, de consommation énergétique, de sécurité ou de conformité. Le troisième tient à l’intégration : chaque composant peut fonctionner isolément, mais leur association peut introduire des incompatibilités imprévues.

Cette situation crée une illusion de faisabilité. Une démonstration d’algorithme, un capteur performant ou une interface fonctionnelle ne prouvent pas que le système complet tiendra ses objectifs. À mesure que le projet passe à l’échelle, les interactions, la maintenance et les contraintes d’exploitation deviennent déterminantes.

Le référentiel des niveaux de maturité technologique du Conseil européen de l’innovation distingue notamment la preuve de concept expérimentale (TRL 3), la validation en laboratoire (TRL 4), la validation en environnement représentatif (TRL 5) et la démonstration d’un prototype en environnement opérationnel (TRL 7). Ces niveaux permettent de décrire l’avancement technique sans prétendre, à eux seuls, démontrer la rentabilité commerciale.

Pour prioriser les risques, une règle pratique consiste à examiner l’existence d’une solution de repli. Un obstacle sans alternative crédible peut être bloquant. Un obstacle contournable par un autre composant, une architecture différente ou un délai supplémentaire constitue plutôt un risque à chiffrer. Dans les deux cas, le coût de l’incertitude doit être explicite, car une difficulté découverte après un investissement important peut fragiliser la trésorerie et la confiance des partenaires financiers.

Cette première analyse ne remplace pas les essais : elle sert à choisir lesquels apporteront le plus d’informations. La prochaine étape consiste à tester l’hypothèse la plus incertaine sans construire prématurément le produit complet.

Comment tester la faisabilité technique sans développer entièrement votre solution ?

La méthode la plus économique consiste à isoler l’hypothèse technique la plus risquée et à concevoir une preuve de concept minimale pour la vérifier. Le test doit démontrer un point précis, par exemple la précision d’un capteur, la vitesse d’un traitement ou la compatibilité entre deux composants, sans financer les fonctionnalités secondaires ni l’apparence du produit final.

Trois niveaux de preuve permettent de progresser sans confondre les objectifs. L’étude théorique compare les technologies disponibles, leurs performances documentées et leurs limites. Le banc de test expérimente ensuite l’hypothèse dans un environnement contrôlé, avec du code temporaire, des composants standard ou des matériaux de récupération. Enfin, un pilote en conditions quasi réelles vérifie si le résultat reste valable lorsque des utilisateurs, des systèmes tiers ou des contraintes d’exploitation interviennent.

Chaque niveau répond à une question différente. Une analyse documentaire peut écarter une option manifestement inadaptée, mais elle ne démontre pas qu’un assemblage fonctionnera. Un banc de test peut prouver un mécanisme, mais pas nécessairement sa fiabilité dans la durée. Le pilote réduit cette incertitude supplémentaire sans équivaloir automatiquement à une validation industrielle complète.

Pour limiter les coûts, l’équipe peut réutiliser des bibliothèques open source, des composants commerciaux ou des briques techniques existantes. Une plateforme d’expertise ou un laboratoire partenaire peut également apporter une compétence pointue sans imposer un recrutement immédiat. La simulation numérique est pertinente lorsque le phénomène étudié peut être modélisé de manière suffisamment fiable ; elle doit être complétée par des mesures physiques lorsque les hypothèses du modèle le justifient.

Le principal piège est de tester dans des conditions artificiellement favorables : données parfaitement propres, environnement stable ou essais réalisés exclusivement par les concepteurs. Il faut consigner les conditions expérimentales, les limites du dispositif et les différences avec l’usage visé. Une preuve n’est solide que dans le périmètre qu’elle a réellement testé.

Préparer une preuve de concept vérifiable

  1. Décrire le risque critique dans une fiche d’hypothèse précisant ce qui doit fonctionner.
  2. Choisir un test minimal et enregistrer son protocole, ses composants et ses conditions d’exécution.
  3. Fixer les indicateurs de mesure et les seuils d’acceptation avant de lancer l’essai.
  4. Conserver les résultats bruts, les anomalies observées et les limites de validité dans un compte rendu daté.
  5. Rédiger une décision de suite indiquant si l’hypothèse est validée, reste incertaine ou doit être abandonnée.

Un test ciblé permet d’apprendre rapidement, mais sa valeur dépend aussi des choix technologiques. Le bon arbitrage entre une solution existante et un développement sur mesure détermine les risques qui restent à maîtriser.

Technologie existante ou développement sur mesure : quelle option réduit le risque technique ?

Une technologie existante réduit généralement le risque lorsque ses performances sont documentées, que ses interfaces sont compatibles avec le projet et que ses conditions d’utilisation sont acceptables. Le sur-mesure devient pertinent lorsque les solutions disponibles ne couvrent pas une exigence essentielle qui constitue réellement la valeur différenciante de l’innovation. Le choix doit intégrer la maintenance, les dépendances et le délai de validation, pas seulement la performance initiale.

Une solution standard permet souvent de s’appuyer sur des composants éprouvés, des mises à jour et une documentation disponible. En contrepartie, elle peut imposer une dépendance commerciale, limiter les possibilités de personnalisation ou exposer le projet à l’évolution des tarifs et des conditions du fournisseur. Il faut vérifier la pérennité de la solution, la portabilité des données, les conditions de sortie et l’existence d’alternatives crédibles.

Le développement sur mesure offre davantage de contrôle sur les fonctions critiques et l’architecture. Il implique toutefois des coûts de conception, de tests, de documentation et de maintenance qui persistent après le premier prototype. Il peut également créer une dépendance envers les personnes qui connaissent le mieux le code ou le matériel. Une solution qui fonctionne aujourd’hui n’est pas nécessairement facile à maintenir ou à faire évoluer demain.

Comparer les options avant de choisir une architecture
Critère Technologie existante Développement sur mesure
Adéquation au besoin Forte si les exigences sont couvertes par les fonctions disponibles Utile si un écart essentiel reste non couvert
Délai initial Souvent réduit si l’intégration est simple Variable selon la complexité et les compétences requises
Maintenance Dépend du fournisseur, de son support et de sa feuille de route À organiser en interne ou avec un prestataire maîtrisant la solution
Dépendance Risque de verrouillage commercial ou technologique Risque de dépendance aux concepteurs et à des compétences rares
Évolution Limitée par les interfaces et les possibilités de personnalisation Contrôle accru, mais chaque évolution demande des ressources

Une stratégie hybride est souvent plus prudente : utiliser des composants standards pour tester la proposition de valeur, puis développer sur mesure uniquement les éléments dont la différenciation a été démontrée. Cette progression évite de construire une architecture propriétaire coûteuse avant de savoir si les fonctions correspondantes sont réellement indispensables.

Il faut également distinguer le prototype jetable du code destiné à être conservé. Un assemblage provisoire peut accélérer un test, à condition que ses limites soient documentées et qu’aucune hypothèse ne présente son réemploi comme acquis. Sans cette décision explicite, le prototype risque de devenir une base de production fragile, dont les corrections successives alourdissent les coûts futurs.

Le choix technologique ne clôt pas l’évaluation. Même une architecture cohérente et une preuve de concept concluante peuvent échouer lorsque la solution est confrontée aux conditions quotidiennes de son utilisation.

Le risque d’un test technique réussi qui échoue ensuite dans les conditions réelles

Un test technique réussi ne démontre que le fonctionnement de l’hypothèse testée, dans les conditions précises de l’essai. Le passage au terrain introduit des variations que le laboratoire ne reproduit pas toujours : utilisateurs non experts, données imparfaites, volumes fluctuants, contraintes climatiques ou coexistence avec d’autres équipements et logiciels. La validation doit donc progresser vers un environnement représentatif avant tout déploiement important.

Quatre familles de risques méritent une vérification distincte. L’intégration peut être testée avec les interfaces, les formats de données et les équipements réellement utilisés par le client. La robustesse s’évalue par des essais de durée, des cycles d’utilisation et des scénarios de panne ou de maintenance adaptés au produit. L’acceptabilité se vérifie en observant de vrais utilisateurs effectuer les tâches prévues. La conformité exige enfin d’identifier les règles applicables au secteur et à l’usage, sans assimiler un essai technique à une autorisation réglementaire.

Lorsqu’une innovation traite des données personnelles, il faut aussi examiner les exigences de protection des données. La page de la CNIL sur l’analyse d’impact relative à la protection des données explique notamment que l’AIPD concerne les traitements susceptibles d’engendrer un risque élevé pour les droits et libertés des personnes. Elle n’est donc pas automatiquement obligatoire pour toute innovation : son applicabilité dépend du traitement envisagé et de son niveau de risque.

Le passage au terrain doit commencer par une description des conditions de référence : environnement, utilisateurs, fréquence d’utilisation, volumes, interfaces et contraintes de sécurité. L’équipe compare ensuite ces conditions avec celles du test, identifie les écarts non couverts et détermine lesquels doivent être vérifiés avant d’élargir le déploiement.

Un pilote limité, par exemple sur un site ou auprès d’un client volontaire, permet de recueillir des observations dans un contexte plus réaliste tout en maîtrisant l’exposition financière. Il faut prévoir des critères d’arrêt, un responsable du suivi et une procédure de traitement des anomalies. Les résultats doivent distinguer les incidents observés, les risques encore théoriques et les points effectivement validés.

Le budget doit enfin tenir compte des corrections probables après les premiers retours du terrain. Un scénario reposant sur une réussite immédiate sous-estime l’incertitude. Prévoir plusieurs itérations possibles, sans leur attribuer un nombre universel, aide à éviter qu’un investissement initial trop lourd ne prive l’équipe des ressources nécessaires pour corriger les défauts découverts.

Le pilote permet de mesurer les écarts entre les essais et l’usage visé. Il reste alors à décider à partir de quel niveau de preuve ces écarts sont suffisamment maîtrisés pour poursuivre l’investissement.

Quand considérer que la faisabilité technique est suffisamment démontrée ?

La faisabilité technique est suffisamment démontrée lorsque les hypothèses critiques ont été vérifiées avec des preuves reproductibles, que les incertitudes restantes sont explicites et que des solutions de repli crédibles existent pour les risques non résolus. Ce seuil ne correspond pas à une perfection absolue : il doit être proportionné aux conséquences d’un échec et au coût de la prochaine vérification.

Trois signaux renforcent la confiance dans le résultat. Premièrement, une personne qui n’a pas conçu le test peut reproduire le fonctionnement à partir d’une documentation exploitable. Deuxièmement, la solution a été évaluée dans des conditions représentatives de l’utilisation cible, et pas uniquement dans un environnement favorable. Troisièmement, l’équipe dispose d’une estimation argumentée des coûts, des délais et des contraintes nécessaires pour passer à l’étape suivante.

Le niveau de preuve attendu dépend également de l’engagement envisagé. Une nouvelle itération de développement, relativement limitée et réversible, peut être autorisée malgré certaines inconnues. L’achat d’équipements spécialisés, la construction d’une ligne de production ou un engagement contractuel difficile à annuler exige une analyse plus approfondie des risques et des solutions de repli.

Le référentiel TRL aide à communiquer sur la maturité technologique, mais un niveau donné ne garantit ni la rentabilité ni l’existence d’une demande commerciale. De même, la réussite d’un prototype ne dispense pas de vérifier la liberté d’exploitation. L’INPI et son dossier sur la liberté d’exploitation des brevets rappellent qu’un brevet détenu par l’entreprise ne lui donne pas automatiquement le droit d’exploiter son invention si des droits de tiers sont en jeu.

Avant de poursuivre, l’équipe doit fixer des limites à son effort expérimental. Un nombre maximal d’itérations, une échéance de décision et des critères d’abandon écrits permettent de limiter le biais d’acharnement technique. Si les tests échouent de manière répétée sans apporter de solution crédible, il faut réexaminer l’architecture, le périmètre ou la pertinence même du projet.

La décision finale peut être de continuer, de pivoter ou de renoncer. L’essentiel est de relier cette décision aux preuves disponibles, au risque résiduel et au caractère réversible de la prochaine dépense, plutôt qu’au temps ou au budget déjà engagés.

Une faisabilité technique suffisamment démontrée réduit une catégorie d’incertitude, mais elle ne garantit pas que le produit sera acheté. La décision d’investissement doit donc articuler les résultats techniques avec les preuves d’intérêt du marché.

À retenir

  • Le premier test doit cibler le risque qui pourrait rendre le projet irréalisable ou trop coûteux.
  • Les critères de réussite doivent intégrer les performances attendues, les contraintes d’utilisation et les exigences économiques.
  • Le prototype opérationnel doit apporter des preuves supplémentaires avant de justifier un développement complet ou un déploiement difficilement réversible.

Hypothèse marché ou technique : laquelle faut-il tester en premier ?

Il faut tester en premier l’hypothèse dont l’échec compromettrait le plus le projet et dont la vérification est la plus utile à la décision. L’ordre ne doit pas être systématiquement « marché puis technique » ou « technique puis marché ». Il dépend de la nature de l’innovation, du coût des expériences et du caractère irréversible des investissements qu’elles conditionnent.

Pour un logiciel reposant sur des technologies disponibles, il peut être moins coûteux de vérifier d’abord l’intérêt des utilisateurs avec une maquette, des entretiens ciblés ou une proposition commerciale testable. Si la demande est faible, un développement complet serait prématuré. Cette approche n’élimine cependant pas la nécessité de tester rapidement les contraintes techniques susceptibles de remettre en cause l’offre.

Pour une innovation matérielle, une technologie de rupture ou une solution soumise à des exigences réglementaires importantes, le risque technique peut être plus incertain et plus coûteux. Un essai ciblé de faisabilité peut alors devoir précéder des engagements commerciaux ambitieux. Il peut également être utile de conduire les deux vérifications en parallèle, à condition de limiter leur périmètre et de ne pas présenter une hypothèse non démontrée comme un résultat acquis.

Les deux validations se contraignent mutuellement. Une validation du marché sans faisabilité démontrée peut créer des attentes impossibles à satisfaire dans les délais ou au prix annoncé. À l’inverse, une technologie performante sans demande suffisante peut conduire à développer une solution dont la valeur commerciale reste faible. Il faut donc relier les enseignements des entretiens et des tests aux caractéristiques techniques réellement nécessaires au client.

Ce séquencement est également utile pour préparer un financement. Le dossier doit différencier ce qui est démontré, ce qui reste à tester et les ressources nécessaires pour lever les incertitudes. En France, le dispositif Diag Axes d’Innovation de Bpifrance présente notamment des prestations pouvant porter sur la faisabilité technique et technico-économique, sous réserve des conditions d’accès applicables. Les critères d’éligibilité et les modalités financières doivent être vérifiés avant toute demande.

La meilleure séquence n’est donc pas celle qui accumule le plus rapidement des résultats positifs, mais celle qui permet d’abandonner ou de réorienter le projet au coût le plus faible lorsque les hypothèses essentielles ne se confirment pas.

Une fois l’ordre des vérifications établi, l’équipe doit éviter que le succès soit redéfini après les essais. Des critères de réussite préalables transforment les tests en éléments de décision comparables et auditables.

Comment définir des critères de réussite avant de lancer une phase de test ?

Un critère de réussite utile précise l’indicateur mesuré, le seuil d’acceptation, les conditions du test et la décision qui découlera du résultat. Il doit être défini avant l’exécution pour éviter de modifier les exigences après coup afin de justifier une dépense déjà engagée. Les seuils doivent être liés aux besoins réels du projet, et non à une performance choisie uniquement parce qu’elle est facile à atteindre.

Les critères techniques peuvent porter sur la précision, la latence, le débit, la consommation énergétique, la disponibilité ou la fiabilité. Leur pertinence dépend de l’innovation. Pour une solution utilisée par un client, il faut ajouter des critères de contexte : compatibilité avec les systèmes existants, fonctionnement avec des données imparfaites, simplicité d’utilisation, conditions de maintenance et respect des exigences applicables.

Le seuil doit aussi être cohérent avec le modèle économique. Une performance techniquement atteinte peut être inutilisable si elle nécessite des composants trop chers, une intervention humaine permanente ou une infrastructure incompatible avec le prix de vente envisagé. Le test doit donc vérifier non seulement que la solution fonctionne, mais aussi que le résultat est compatible avec les coûts et les conditions d’exploitation visés.

Exemple de grille de critères à compléter avant les essais
Dimension Indicateur à définir Décision associée
Performance Mesure adaptée à la fonction critique et seuil d’acceptation Continuer si le seuil est atteint ; sinon analyser l’écart
Fiabilité Conditions d’essai, répétitions prévues et anomalies observées Vérifier la reproductibilité ou revoir la solution
Intégration Compatibilité avec les systèmes et données cibles Autoriser le pilote ou corriger l’interface
Coût Coût cible du composant, de l’exploitation ou de la production Comparer le résultat au modèle économique envisagé
Usage réel Tâches réalisées, contexte et retours d’utilisateurs représentatifs Confirmer l’adéquation au besoin ou ajuster le périmètre

Les seuils ne doivent pas être présentés comme universels : ils dépendent du secteur, de l’usage, des conséquences d’une panne et du modèle économique. Une fonction de sécurité exige notamment une analyse spécifique des conséquences d’une défaillance, tandis qu’un prototype exploratoire peut accepter davantage d’imperfections si celles-ci ne mettent personne en danger et ne faussent pas la conclusion recherchée.

Le protocole doit consigner les hypothèses, les conditions d’essai, les indicateurs, les seuils, les responsabilités et les décisions possibles. Le compte rendu doit ensuite rapprocher les mesures obtenues des critères initiaux, en expliquant les écarts sans modifier rétroactivement les seuils. Cette traçabilité facilite la comparaison entre plusieurs solutions et rend les arbitrages compréhensibles par les partenaires techniques et financiers.

Avec des critères explicites, l’équipe sait ce qu’elle doit démontrer et quand arrêter les tests. Elle peut alors construire un prototype opérationnel dont le périmètre correspond exactement aux preuves encore nécessaires.

Comment construire un prototype opérationnel sans développer trop tôt le produit final ?

Un prototype opérationnel doit démontrer que les fonctions essentielles peuvent fonctionner dans des conditions proches de l’usage visé, sans engager immédiatement les coûts d’industrialisation. Son périmètre se limite aux éléments nécessaires pour vérifier les hypothèses critiques. L’esthétique commerciale, la finition industrielle et les fonctionnalités secondaires peuvent attendre, sauf lorsqu’elles influencent directement la sécurité, la performance ou l’acceptabilité de la solution.

La première étape consiste à décrire ce que le prototype doit prouver et ce qu’il n’a pas encore besoin de garantir. Des composants plus coûteux, un assemblage manuel ou une opération temporairement effectuée par une personne peuvent être acceptables pour une démonstration ciblée, à condition de noter ces raccourcis et d’identifier ce qui devra être remplacé ou automatisé par la suite.

Le prototypage peut ensuite progresser par étapes. Le prototype de faisabilité vérifie le mécanisme technique central. Le prototype fonctionnel rassemble les composants nécessaires pour tester le système complet dans des conditions représentatives. Le pilote limité confronte enfin la solution à un utilisateur réel, dans un contexte réel, sur un périmètre maîtrisé. Chaque passage à l’étape suivante doit dépendre des résultats et des risques restant à couvrir.

Cette progression évite de confondre une démonstration avec un produit prêt à être déployé. Un prototype peut dépendre d’un composant non industrialisable, d’une opération manuelle ou d’un environnement contrôlé. Ces limites ne le rendent pas inutile, mais doivent apparaître dans le compte rendu pour empêcher une interprétation excessive des résultats.

Il faut également préciser le statut du code, du matériel et des interfaces provisoires. Si le prototype est destiné à être jeté, cette décision doit être documentée. S’il doit servir de base au produit, il faut prévoir les vérifications complémentaires, la documentation, la maintenance, la sécurité et les travaux de mise à l’échelle qui restent nécessaires.

La recherche de perfection trop tôt peut mobiliser la trésorerie sur des fonctions qui ne changent pas la décision d’achat ou la faisabilité de la solution. Un prototype volontairement imparfait mais bien ciblé fournit souvent une information plus utile qu’une version très aboutie dont les hypothèses critiques n’ont pas été testées.

La prochaine étape consiste à rédiger une décision courte qui réunit les hypothèses vérifiées, les résultats, les limites, les risques résiduels et les essais encore nécessaires. Ce document donne à l’équipe un point de départ concret pour poursuivre, pivoter ou arrêter sans confondre enthousiasme et preuve.

Questions fréquentes sur la faisabilité technique d’une innovation
Quelle est la différence entre une preuve de concept et un prototype opérationnel ?

Une preuve de concept vérifie une hypothèse technique précise, généralement sur un périmètre réduit. Un prototype opérationnel rassemble les fonctions nécessaires pour examiner le fonctionnement de la solution dans des conditions proches de l’usage visé. Aucun des deux ne garantit automatiquement que le produit est industrialisable, conforme ou rentable.

Combien coûte une étude de faisabilité technique ?

Il n’existe pas de budget universel applicable à toutes les innovations. Le coût dépend notamment de la maturité technologique, des équipements nécessaires, des compétences mobilisées, des exigences de test et du niveau de preuve attendu. Une étude documentaire ou un test ciblé peut éviter un développement plus important, mais un pilote matériel ou réglementé peut nécessiter des moyens supplémentaires. Le budget doit être établi à partir du protocole de vérification retenu.

Comment savoir si une technologie est assez mature pour être intégrée ?

Il faut examiner les résultats déjà obtenus, les environnements dans lesquels ils ont été validés, leur reproductibilité, les contraintes d’intégration et les limites documentées. Les niveaux de maturité technologique, ou TRL, fournissent un vocabulaire commun pour décrire l’avancement, mais ne remplacent pas les essais propres au projet ni l’analyse du coût et du marché.

Faut-il protéger une innovation avant de réaliser un prototype ?

La stratégie de propriété intellectuelle doit être examinée suffisamment tôt pour éviter de compromettre les options de protection ou de divulguer des informations sensibles sans précaution. Il convient également de distinguer la protection de sa propre invention de la liberté d’exploitation : posséder un brevet ne garantit pas que la commercialisation n’empiétera pas sur les droits de tiers. Les mesures adaptées dépendent de l’innovation, des territoires et des divulgations envisagées.

Quand faut-il arrêter les tests et abandonner une piste technique ?

La décision doit s’appuyer sur des critères définis avant les essais : seuils non atteints, absence de solution de repli crédible, coût des corrections devenu disproportionné ou délai incompatible avec le projet. Fixer un nombre maximal d’itérations et une date de décision limite l’acharnement technique. Un échec peut aussi justifier un changement d’architecture ou une réduction du périmètre plutôt que l’abandon de toute l’innovation.

Rédigé par Antoine Lefevre, Curateur d'information spécialisé dans l'innovation, la recherche et développement, le prototypage et la faisabilité technique. Il sélectionne des sources pertinentes pour relier hypothèses techniques, expérimentations, propriété intellectuelle et décisions de développement. Son travail permet de comprendre les risques d'innovation sans confondre réussite d'un test, viabilité technique et potentiel commercial.